Bonsoir, bonsoir ! Comme promis, voici du nouveau. (Enfin, pas pour ceux qui me conaissent plus intimement, malheureusement, mais ca viendra ^^) Ceci est une nouvelle que j' ai envoye a Elegy. (Un grand magazine dedie a notre chere scene dark ^^) Elle a ete refusee car elle contenait encore quelques petites imperfections qui avaient echappe a mon analyse (Rapide, je l' avoue, je n' avais que quelques semaines pour la preparer... J' aurais du y passer plus de temps, mais ce sera pour une autre fois ^^) La voici, donc, en quasi-exclusivite rien que pour vous ^^ Bonne lecture et bon courage !
Le Chemin des Dames, 1917
L' odeur de boue, de débris fumants et de chair décomposée flottait dans l'
air... Marcel s' y était habitué, il vivait avec depuis un an dans cette fosse
commune ou les cadavres de poilus comme de boches se rejoignaient, s'
entremêlaient pour ne former qu' un avec la boue... "Hmpf, une guerre rapide
qu' y disaient..." Il se retourna pour voir François, un vétéran de Verdun... Il s'
etait pris une balle dans l' épaule mais il l' avaient renvoyé au front, cette fois
au Chemin des Dames... Il etait reste plus longtemps que prévu a l' hôpital et
certains murmuraient qu' il avait fait un tour a l' asile... En tout cas, il etait
bizarre... Dans son sommeil, on l' entendait murmurer des choses qui
laissaient douteux quand a sa santé mentale, mais qui donc etait sain d' esprit
dans cette guerre, se demanda Marcel... "Les ruskoffs nous ont laisses dans le
pétrin, saletés de bolcheviks... Si on etait tous aussi lâches qu' eux, on
boufferait tous de la choucroute et des saucisses !" Marcel se demandait si ce
n' etait pas un sort préférable a cet enfer, mais il garda ses opinions pour lui-
même car le capitaine verrait mal un homme a l' esprit déserteur dans ses
rangs... Tout le monde etait poussé a bout, il pourrait même être fusillé... Des
rumeurs circulaient comme quoi Pétain avait retourne l' artillerie contre des
rouges, mais on en parlait en chuchotements effrayés après qu' un soldat un
peu trop cocasse ait... disparu. La voix du capitaine tira Marcel de sa rêverie
"Soldats ! Voici venu le jour de votre gloire ! Nous allons traverser le no-man'
s land et monter a ces saletés de boches ce qu' il en coûte de mettre leurs sales
bottes dans notre pays ! Vous avez sacrifié vos femmes, vos emplois et
certains d' entre vous sacrifieront même vos vies pour la France... Sachez qu'
elle vous remerciera et vos noms seront gravés a jamais dans le panthéon des
héros de notre grande nation ! Vos enfants sauront que vous êtes morts pour
défendre cette liberté, cette égalité, cette fraternité qui nous est chère a tous !
Ils se souviendront de votre courage, de votre dévotion avec fierté en disant a
l' école que leur papa est mort pour la France... Pour ceux qui s' en tireront, la
récompense sera encore plus grande ! Allons, mes compatriotes, mes frères d'
armes, fiers enfants de la république ! Allons vers la gloire ! Préparez-vous au
combat, nous montons dans quinze minutes."
Marcel décrassa son fusil. Tous ces longs mois d' attente arrivaient enfin a
bout. Il allait enfin traverser la boue rendue stérile par la guerre et la mort, les
obus et les cadavres pour rencontrer les boches. Cette idée l' effrayait et le
consolait a la fois. Il allait tuer d' autres soldats, qui peut être comme lui
avaient une famille, une femme qui attendaient leur retour. Il éloigna ces
pensées, les boches etaient des animaux qui massacraient des villages entiers
avec au sommet de leurs bannières "Gott mit uns" "Dieu est avec nous" ils ne
lui offriraient aucun quartier. Ils ne défendaient pas les mêmes valeurs que lui
et ses camarades, ils ne défendaient pas la France... Il se souvenait des leçons
"éclairées" de son maître a l' école... "La France est le meilleur pays au monde"
disait-il... Quelquefois, il se demandait si les jeunes allemands apprenaient la
même chose... "C' est toi qu' elle veut" Francois maugréa. "Qui ca ?" "La dame
blanche" Marcel se demanda si son camarade avait perdu l' esprit. "De quoi tu
parles, vieux ?" "A Verdun, j' ai été le seul qui restait de mon régiment, les
autres ont tous été fauches. Elle est venue... La dame en blanc... Mais elle ne
m' a pas pris, oh, non... C' est toi qu' elle cherche" Il eut un fou rire amer
"Soldat ! Reprenez votre calme et occupez-vous de votre fusil !" La voix du
capitaine rassura Marcel et le ramena a la réalité. Le dément se tut mais lança
sur Marcel un regard moqueur mêlé a d' autre chose... de la peur... "Soldats !
Chargez vos fusils" Les poilus s' exécutèrent comme un seul homme. "Fixez
vos baïonnettes ! Lorsque je lèverais mon bâton, vous chargerez !" Une minute
torturée de doutes, de peurs, de regrets et de voeux passa avant que le signal
ne soit donne "CHARGEZ ! POUR LA FRANCE !" Marcel s' élança avec ses
compatriotes au son des cris inaudibles, étouffés par son propre battement de
coeur... Ils couraient comme ils n' avaient jamais couru de leurs vies car cette
course était peut-être leur dernière... Puis vint le bruit des mitrailleuses
allemandes, crachant la douleur et le repos des héros... Les balles sifflaient de
toutes parts et Marcel fut arrose de sang, de chair et de fragments d' os alors
que le soldat devant lui fondait sous les balles... Un autre voulut crier mais sa
bouche fut percutée par un trait mortel qui fit voler sa mâchoire et ses dents et
le fit cracher du sang en hoquetant... Un obus atterrit derrière lui et réduisit
un autre soldat a l' état de bouillie sanguinolente... De plus en plus
périssaient, certains terrassés sans en avoir conscience, leurs visages, ou plutôt
ce qu' il en restait, figés dans une expression de surprise, d' incrédulité. D'
autres, moins chanceux, se tortillaient dans la boue, tentant désespérément de
retenir leurs entrailles alors que leurs fluides vitaux se mêlaient a la boue et a
la pluie. Le capitaine chargea héroïquement sous la pluie d' acier, ignorant ses
blessures aussi longtemps qu' il le pouvait, jusqu' a ce que ses jambes ne
soient plus que deux moignons ineptes. Et encore, il se traînait désespérément
vers la tranchée ennemie, dans le vain espoir de tuer un boche pour sa chère
patrie. Pauvre insensé. Sa chute sonna le glas de l' ordre et de la discipline,
maintenant, chaque homme pour sa peau. Marcel courut, son corps possédé
par sa peur, la boue soulevée d' impacts telle une mer brune pourrissante et
agitée, décidée a le happer. Il vit un énorme cratère creuse par une explosion
digne de la Grosse Bertha. Il plongea dedans et attendit. Il se passa une
éternité avant que les cris d' agonie insupportables ne s' estompent, laissant
place a un lourd silence. Pour la première fois depuis des jours, Marcel s'
endormit.
Il ouvrit les yeux sur un visage défiguré, la mâchoire réduite a un lambeau de
chair et d' os pendant mollement d' une joue, des yeux vides de vie, de
conscience qui pourtant semblaient le regarder de leur vide, de leur mort. L'
odeur etait pire que tout, ce serait l' odeur de la mort elle-même si elle en avait
une. Le cadavre hideux poussa un long gémissement et s' affaissa sur Marcel,
qui, hurlant, se débattant, tenta de s' en débarrasser. Il poussa son assaillant
hors du trou d' obus, espérant que les allemands l' abattraient. Il se rendit
compte qu' ils etaient entoures d' une brume impénétrable. La monstrueuse
créature se releva et se retourna vers Marcel en se traînant vers lui, une jambe
désarticulée compensant tant bien que mal la validité de l' autre. Il se jeta hors
du trou boueux, raisonnant que si l' ennemi n' avait pas abattu son agresseur,
ils ne l' abattraient pas non plus. Le cadavre se jeta sur lui, lui happant la
cheville alors qu' il sautait. Marcel sortit sa baïonnette et sectionna la main qui
le retenait, l' arrachant a sa jambe, et il courut. Il courut pendant dix minutes,
espérant atteindre sa tranchée, une habitation, un endroit sûr. Essoufflé, il s'
arrêta. Un gémissement guttural retentit alors que la silhouette de son
poursuivant se détacha de la brume. Il se mit a courir a nouveau mais il
heurta une silhouette sombre. Se relevant, il la reconnut. "Jean ! Tu es vivant !
Mais non, tu ne peux pas être vivant, je t' ai vu mourir y' a 3 mois !" La
silhouette se retourna, silencieuse, pesante, et révéla un uniforme perce de
trous sanguinolents, une gorge déchirée par une blessure béante. Marcel tenta
de s' échapper a nouveau mais toutes ses issues furent bloquées par des
soldats morts, mutilés, pourrissants. Des allemands comme des poilus comme
des anglais. Des amis, des ennemis et des inconnus, rendus égaux par la mort.
Ils gémirent, formant un choeur macabre, un cercle se resserrant autour de lui,
les cadavres vivants traînant leurs membres et leurs entrailles dans la boue d'
un pas inexorable et pesant. "Tu nous a trahis ! Abandonnés ! Espèce de
salaud ! On va te dévorer, ELLE va te dévorer lentement, ta chair sera encore
douloureusement consciente alors qu' elle te digérera, lorsqu' elle avalera ton
âme !" C' est alors qu' une belle dame tout de blanc vêtue s' avança, non,
flotta parmi la foule de revenants tortures et grimaçants. Elle s' approcha de
Marcel. Son visage n' etait plus qu' a quelques centimètres du sien, elle se
saisit de lui et l' embrassa. Ce fut la sensation la plus délicieuse qu' il ait
jamais connu. La langue de la femme explora la bouche du soldat qui
savourait l' expérience. Mais soudain, un goût déplaisant se forma dans la
bouche de Marcel. Il devint plus prononce lorsqu' il tenta de s' arracher au
baiser de la femme et se rendit compte que la chair de son visage se fripait,
pourrissait et que la robe blanche et transparente de la femme se changeait en
haillons puants laissant paraître une chair bouffie, décomposée. Il redoubla de
forces pour s' arracher a l' étreinte mortelle de son assaillante, mais des
membres osseux le retenaient. Il tenta de crier mais sa bouche s' etait emplie
de vers grouillants qui descendaient dans sa gorge.
Marcel rouvrit les yeux pour la deuxième fois, dans le trou d' obus ou il s'
etait endormi. Il regarda ses alentours avec des yeux hagards. Pas de
revenants, pas de femme décomposée. Ce n' etait qu' un cauchemar. La nuit
tombée, la pluie tombait en trombes et le ciel etait zebré d' éclairs qui
illuminaient au loin un village dévasté et une petite foret, située a quelques
centaines de mètres. Il etait loin, très loin de la tranchee. Pas question d' y
retourner. Même si il pouvait, on l' abattrait sûrement pour avoir quitte le
champ de bataille. Les boches ? Qu' est-ce qu' il ferait contre eux tout seul ? La
mort devant, la mort derrière. Aucune issue, aucun espoir, sinon se cacher
dans cette petite foret. Il sortit de la poche de son uniforme une petite fiole d'
absinthe qu' il réservait pour une situation comme celle-ci. Le chant d' une
voix brisée par trop de cris et de souffrance brisa sa courte trêve. Il chercha
des yeux sa source pendant une dizaine de minutes et mit autant de temps
pour reconnaître le chant. C' etait la Marseillaise ! Il scruta l' obscurité parmi
les cadavres désormais mêlés a la boue et il vit un torse sans jambes se rouler
douloureusement dans l' infâme fange. C' etait le capitaine ! Il n' avait pas
succombé ! Comment cela etait-il possible ? Marcel ne pouvait rien pour lui et
tenta d' ignorer le chant déformé. Mais il lui rappelait sans cesse ses
camarades morts, peut être encore souffrants, et la mort inévitable qui l'
attendait. Il essaya de trouver le courage de courir jusqu' a la foret, mais ne le
trouva pas, le chant lui torturait l' esprit. Il décida d' achever la souffrance du
capitaine et la sienne et épaula son fusil. Il visa tant bien que mal son
supérieur dans l' obscurité et fit feu. Il toucha sa cible au bras et les hurlement
s' intensifièrent. Pris de terreur et de culpabilité, Marcel tira frénétiquement
sur sa victime jusqu' a ce que les hurlements cessent, remplaces par un silence
pesant a travers la pluie. Ne voulant pas perdre un instant de plus, il
abandonna son lourd fusil et courut avec toutes les forces qui lui restaient
vers la petite foret qu' il avait vu. Il espérait y trouver un abri et une cachette
ou il pourrait attendre le matin et décider de quoi faire.
Il atteignit la foret de pins menaçants, noirs, maussades. La foudre illumina
régulièrement la foret, dessinant des ombres griffues. Marcel marcha pendant
ce qui lui semblait être des heures jusqu' a ce qu' il atteint une petite clairière,
une pierre dressée au centre. Fatigue, il s' adossa a la pierre. Il remarqua qu'
elle etait couverte d' inscriptions étranges gravées brutalement dans la roche,
sûrement au couteau. En essayant de les lire a la lumière des éclairs, un
malaise inexplicable le fit frémir. Les inscriptions se tordaient, lui donnaient le
vertige alors qu' il sentait une présence étrangère pénétrer sa conscience. Il fut
inondé d' images : un groupe de jeunes femmes innocentes, certaines nues, d'
autres vêtues de blanc cueillant des fleurs et se prosternant devant la pierre,
un pentacle trace autour, en riant. Deux d' entre elles etaient allongées, nues,
dans l' herbe, s' embrassant et se caressant. C' est alors qu' un groupe d'
hommes sinistres vêtus de longs manteaux gris s' avança hors de la foret.
Marcel distinguait mal leurs visages, certains portant des cagoules noires, d'
autres, de grands chapeaux. Ils brandissaient des croix et des fouets cruels. Le
chef de la meute porta un doigt accusateur sur celle qui semblait coordonner
cet étrange rituel, qui s' avança vers lui en souriant innocemment et tenta de l'
embrasser, mais il la frappa au visage et lui aboya dessus. Il la frappa a
nouveau alors qu' elle etait a terre, hoquetant et crachant du sang. Il se jeta
sur son corps nu et se saisit de ses seins, la faisant hurler et pleurer de plus
belle. Il la viola. Marcel tomba a genoux, portant ses mains a son visage, empli
de la douleur de la femme. Des images saccadées continuaient de l' assaillir. Il
vit les hommes cagoules passer des cordes autour des cous blancs et fragiles
des femmes. Il les vit pendues aux arbres autour de lui. Il reconnut celle qui
dirigeait la cérémonie orgiaque, il s' agissait de celle qu' il avait vu dans son
rêve. Il vit aussi le visage de son bourreau. C' etait le sien.
La vision s' estompa, remplace par un malaise virulent. Marcel ne put se
retenir. Il vomit et tomba au sol, se recroquevillant comme si on lui avait
assené un coup de poing dans le ventre. Il se mit a pleurer comme un enfant
perdu dans une foret hostile sans ses parents. Un eclair illumina se serait-ce
qu' un instant les arbres sinistres dessinant une ombre mouvante. Elle n' avait
pas de tête. Une second coup de tonnerre éclaira a nouveau la foret et il vit
non pas une ombre, mais une meute avançant lentement, inexorablement vers
lui. Un rire cristallin se fit entendre juste derrière lui alors que la terreur l'
envahissait. Il se retourna brusquement pour voir la femme, moqueuse, belle,
séduisante. Il cria alors qu' elle s' avança vers lui, un sourire cruel aux lèvres.
Il recula dans les bras d' une autre femme et sentit des lèvres froides sur son
cou. Il réussit a se dégager pour se retrouver entoure des femmes assassinées.
Toutes si belles, si blanches, si froides, si cruelles. Il tira son pistolet en se
disant qu' il ne se laisserait pas faire sans combattre. Il vida ses balles
frénétiquement sur la prêtresse. Elles la traversèrent sans effet. Il ne lui en
restait qu' une. Il chercha désespérément une issue introuvable. Il finit par s'
adosser a la pierre, défait, fatigue. Ils ne les laisserait pas gagner. Il leva son
pistolet a sa tempe et utilisa sa dernière munition pour le salut de son âme.
Les poilus avaient gagné quelques centaines de mètres, et certains avaient la
douloureuse mission de retrouver et de tenter de reconnaître les cadavres des
soldats de la vague précédente. Jean-Charles était de ce cas. La plupart étaient
méconnaissables, tant leurs blessures etaient horribles. Seul un cadavre ne
présentait pas de blessures béantes. Il etait assis dans un trou d' obus, une
expression terrifiée sur le visage. Il avait son revolver a la main et une
blessure a la tête qui lui correspondait. Il s' etait suicidé. Sans doute la peur d'
être tue comme ses camarades. Les lâches n' avaient pas droit au salut ni a la
gloire. Il allait cracher sur le cadavre quand il remarqua des empreintes de
petits pieds fins et féminins dans la boue. Elles menaient a une petite forêt non
loin de la...